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Flagrance fiscale : procédure, saisies conservatoires et défense

C'est l'arme la plus brutale de l'administration fiscale : la flagrance fiscale lui permet d'agir immédiatement, avant même la fin de l'exercice, et de saisir vos biens sans passer par un juge. Rare mais redoutable, cette procédure exige une réaction rapide. Voici comment elle fonctionne et comment s'en défendre.

L'essentiel. La flagrance fiscale, prévue à l'article L.16-0 BA du livre des procédures fiscales, est un dispositif d'exception qui autorise un contrôle immédiat sur la période en cours, avant toute obligation déclarative. Lorsqu'elle constate des faits graves, l'administration dresse un procès-verbal de flagrance et peut pratiquer des saisies conservatoires sans autorisation préalable du juge, en plus d'une amende. Le contribuable dispose de recours en référé, à exercer très vite, pour obtenir la mainlevée.

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Un dispositif d'exception

Créée par la loi de finances rectificative pour 2007, la procédure de flagrance permet à l'administration fiscale d'intervenir sur la période en cours, c'est-à-dire sur un exercice non encore clos, pour lequel le contribuable n'a pas encore d'obligations déclaratives. C'est là toute sa singularité : elle court-circuite le calendrier fiscal habituel.

Là où un contrôle classique intervient après coup, la flagrance fiscale organise un contrôle immédiat, « à chaud », lorsque des faits de fraude sont constatés en direct dans une activité professionnelle. Ce caractère dérogatoire explique qu'elle soit strictement encadrée par le livre des procédures fiscales (LPF).

Documents d'inspection fiscale et procès-verbal sur le comptoir d'un local professionnel

Dans quels cas s'applique-t-elle ?

La flagrance ne se déclenche pas à la légère : elle suppose des conditions cumulatives. L'administration doit constater des circonstances de fait laissant présumer une fraude en cours, et une menace pour le recouvrement de la future créance fiscale. Les situations visées sont notamment :

  • l'exercice d'une activité occulte non déclarée ;
  • l'usage de factures fictives ou de systèmes de fausse facturation ;
  • le recours au travail dissimulé ;
  • un défaut réitéré des obligations déclaratives, en particulier en matière de TVA ;
  • le fonctionnement d'une entreprise éphémère, destinée à disparaître avant tout contrôle.

Le point commun de ces cas est le risque d'insolvabilité organisée : un contribuable qui s'apprête à faire disparaître les recettes ou l'entreprise elle-même. C'est ce qui justifie une intervention en urgence, sans attendre une vérification de comptabilité. Ces constats sont souvent dressés à l'occasion d'une vérification inopinée, l'administration relevant par exemple l'absence de comptabilité de valeur probante.

Procès-verbal, saisies et amende

Lorsque les conditions sont réunies, l'administration établit un procès-verbal de flagrance fiscale, notifié au contribuable. Ce procès-verbal déclenche des effets immédiats et lourds.

EffetPortée
Saisies conservatoiresMesures conservatoires immédiates sans autorisation préalable du juge (article L.252 B du LPF)
AmendeAmende spécifique et majorations, dont le montant varie selon le chiffre d'affaires
Perte de régimes de faveurExclusion du régime simplifié et de la franchise en base de TVA
Contrôle et recouvrementAllongement du délai de reprise et sécurisation de la créance

Les saisies conservatoires sont l'aspect le plus impressionnant : l'administration peut bloquer des comptes ou des biens pour garantir le paiement d'un impôt futur, qu'il s'agisse de TVA, d'impôt sur le revenu ou d'impôt sur les sociétés. À la différence d'un droit de visite et de saisie classique, aucune autorisation préalable n'est requise ; seul le contrôle du juge intervient ensuite, y compris celui du juge des libertés et de la détention pour les mesures les plus lourdes.

Scellé officiel apposé sur le rideau métallique d'un local commercial, lumière chaude

Se défendre : les recours en référé

Face à une mesure aussi expéditive, les droits de la défense sont préservés par des voies de recours spécifiques et rapides. Le contribuable dispose en effet de deux référés cumulables devant le juge administratif : l'un dirigé contre le procès-verbal de flagrance lui-même, l'autre contre les saisies conservatoires.

L'atout de ces référés est leur rapidité. Saisi dans les quinze jours de la notification, le juge statue lui aussi sous quinze jours et met fin à la procédure s'il existe un doute sérieux sur sa régularité. Il peut alors prononcer la mainlevée des saisies. Compte tenu de ces délais très courts et de la technicité du contentieux, l'intervention d'un avocat dès la réception du procès-verbal est déterminante.

"La flagrance, c'est le coup de tonnerre : le fisc débarque, dresse son procès-verbal et gèle les comptes le jour même. Le réflexe fatal, c'est de rester sidéré, parce que les délais de référé sont ultra-courts. Ce que je fais, c'est attaquer sur deux fronts en urgence, le procès-verbal et les saisies, en cherchant le doute sérieux sur la régularité. Dans ces dossiers, chaque jour compte : bien menée, la mainlevée peut tomber en deux semaines."

Frédéric Naïm, avocat - Naïm & Associés

Pour approfondir, consultez nos articles sur le risque pénal en cas de fraude fiscale, les garanties du contribuable vérifié et notre page contrôle fiscal. Le texte de référence est l'article L.16-0 BA du LPF.

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