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Blog juridique

Good leaver, bad leaver : encadrer le départ d'un associé

Quand un associé clé s'en va, une question tranche tout : à quel prix rachète-t-on ses titres ? Les clauses good leaver et bad leaver répondent en amont, en modulant ce prix selon la manière dont il part. Bon partant, il récupère la pleine valeur ; mauvais partant, il subit une décote parfois sévère. Voici comment ces clauses fonctionnent, sur quoi elles reposent, et où sont leurs limites.

L'essentiel. Les clauses de good leaver et de bad leaver, insérées dans un pacte d'associés ou un pacte d'actionnaires, ajustent le prix de rachat des titres d'un associé - souvent un fondateur, un dirigeant ou un homme clé - selon les circonstances de son départ. Le good leaver (retraite, maladie, licenciement non fautif) part à la valeur de marché ; le bad leaver (faute grave, démission, départ anticipé) subit une décote. Juridiquement, ces clauses reposent sur une promesse unilatérale de vente encadrée par l'article 1124 du Code civil. Mal calibrées, elles risquent la requalification en clause pénale excessive ou en sanction déguisée.

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Good leaver, bad leaver : de quoi parle-t-on ?

Les clauses good leaver et bad leaver organisent, par avance, le sort des titres d'un associé qui quitte la société. Leur logique est celle de la récompense et de la sanction : la clause de good leaver récompense le « bon partant », qui cède ses parts sociales à un prix favorable, tandis que la clause de bad leaver sanctionne le « mauvais partant » par un prix décoté. On les rencontre surtout autour des hommes clés d'une société - fondateur, dirigeant opérationnel, associé-salarié - dont l'implication conditionne la valeur de l'entreprise. C'est un mécanisme que nous cadrons dès la structuration, notamment pour les professionnels qui s'associent dans le cadre de la structuration d'une activité libérale réglementée.

Le principe est simple : plus le départ est jugé « loyal », plus le prix de rachat est proche de la vraie valeur des titres ; plus il est jugé « fautif », plus la décote est forte. Ces clauses figurent dans le pacte d'associés ou le pacte d'actionnaires, parfois adossées au contrat de travail ou au mandat social de l'intéressé.

Dirigeant quittant la société, dossier de rachat de titres et calculatrice sur le bureau

Bon ou mauvais partant : la qualification du départ

Tout se joue sur la qualification du départ. La clause doit lister précisément les événements qui font basculer d'un statut à l'autre - c'est le cœur de sa sécurité. Le tableau ci-dessous donne les cas les plus courants.

Good leaver (bon partant)Bad leaver (mauvais partant)
Départ à la retraiteLicenciement pour faute grave ou faute lourde
Maladie, invalidité, décèsDémission avant la durée minimale prévue
Licenciement pour cause réelle et sérieuseDépart anticipé du fondateur
Licenciement économiqueViolation du pacte ou d'une obligation de non-concurrence

La frontière n'est pas toujours nette : une démission peut être « bonne » si elle intervient après plusieurs années d'engagement, « mauvaise » si elle est prématurée. C'est pourquoi la rédaction doit définir la durée minimale de présence, souvent assortie d'un calendrier de vesting qui fait progresser les droits de l'associé dans le temps. Un événement mal qualifié est la première source de contentieux.

Prix de rachat et décote : comment ça se calcule

Le prix se détermine selon une formule financière fixée dans la clause. Pour le good leaver, on retient généralement la valeur de marché des titres (leur fair market value), souvent exprimée en multiple d'EBITDA, dette nette déduite. Pour le bad leaver, on applique une décote : le rachat peut se faire au prix de souscription initial, voire en dessous, avec une décote d'autant plus forte que le départ est précoce ou fautif. Une décote progressive - dégressive avec les années de présence - est la formule la plus défendable.

Ces mécanismes sont au cœur des management packages, ces dispositifs d'intéressement des dirigeants dans les opérations de LBO (Leverage Buy Out). Ils s'y combinent avec le vesting, les clauses de claw back et divers instruments - BSA, BSPCE, actions gratuites - dont le sort suit la qualification du départ : un bad leaver peut ainsi perdre le bénéfice de ses BSPCE non acquis. Pour fixer le prix en cas de désaccord, la clause peut renvoyer à une expertise, mais avec prudence : se référer sans réserve à l'article 1843-4 du Code civil peut permettre à l'expert d'écarter la formule contractuelle. Un exemple concret : un dirigeant ayant souscrit à 100 000 € et partant en bad leaver la deuxième année peut se voir racheter à 60 % de ce montant, là où un good leaver toucherait la pleine valorisation.

Avocate calculant une décote de rachat de titres sur un document financier, lumière chaude

Le fondement juridique : la promesse unilatérale de vente

Techniquement, la clause repose sur une promesse unilatérale de vente : l'associé s'engage par avance à céder ses titres si l'événement prévu survient, les autres associés disposant d'une option d'achat. Son efficacité tient à l'article 1124 du Code civil, réformé en 2016 : depuis, la rétractation du promettant pendant le délai d'option n'empêche plus la formation de la vente. Autrement dit, un associé ne peut plus se soustraire à son engagement au dernier moment - ce qui a redonné toute leur force à ces clauses.

Deux exigences en découlent. La clause ne doit pas être purement potestative (elle ne peut pas dépendre du seul bon vouloir d'une partie), et son formalisme de mise en œuvre doit être scrupuleusement respecté : notification, délais, modalités de mise en œuvre. Un manquement procédural peut suffire à priver la promesse de tout effet.

Ces clauses peuvent-elles être contestées ?

Oui, et c'est là qu'une rédaction solide fait la différence. Les conditions de validité étant strictes, la Cour de cassation, et notamment sa chambre commerciale, encadre ces clauses. Plusieurs leviers de contestation reviennent :

  • une décote excessive peut être requalifiée en clause pénale et réduite par le juge si elle est manifestement disproportionnée ;
  • une clause qui priverait l'associé de toute valeur, ou le dépouillerait de son droit de propriété et de son droit de demeurer associé, frôle la clause léonine ;
  • pour un associé salarié, une décote qui sanctionne un licenciement pour faute peut être analysée en sanction pécuniaire prohibée par le droit du travail - le risque d'une double sanction ;
  • le prix doit rester déterminable, et l'événement déclencheur réellement survenu.

Bien rédigées, ces clauses tiennent ; approximatives, elles s'effondrent. Elles s'articulent avec les autres outils du pacte - la clause d'exclusion, les clauses de sortie - dans l'ensemble que forme un bon pacte d'actionnaires. C'est la cohérence globale qui protège la société comme l'associé.

"Le bad leaver, c'est la clause qui fâche - et celle qu'on conteste le plus. Ce que je répète aux fondateurs comme aux investisseurs : une décote, oui, mais mesurée et progressive, jamais confiscatoire. Le jour où un associé salarié licencié se retrouve doublement puni - il perd son emploi et ses titres bradés - le juge n'hésite pas à corriger. Mon travail, c'est de bâtir une clause assez ferme pour être dissuasive, assez équilibrée pour tenir devant un tribunal."

Camille Darres, avocate - Naïm & Associés

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